Et moi j’ai peur de ne plus te voir….

Je tiens à m’excuser auprès d’Adèle que j’ai laissée végéter dans un placard bien trop longtemps et auprès de vous, fidèles lecteurs, pour cette longue hibernation du placard d’Adèle. Voici donc la suite, vous pouvez retrouver tous les chapitres sur la page : https://salveragazzi.wordpress.com/adele/
Encore mille excuses et bonne lecture…

Solange

Les bruits m’arrivent estompés, j’entends mon beau-père jurer puis il y a comme un remue-ménage, j’ai l’impression qu’il traîne quelque chose de très lourd sur le sol, sans doute son fils, la porte d’entrée claque plusieurs fois, je me demande bien ce qu’il fabrique. J’hésite à me glisser dans la chambre de Lulu pour essayer d’aller jeter un œil dans l’entrebâillement de la porte mais j’ai peur de quitter l’ombre rassurante de la penderie.
Ne bouge pas, reste planquée, tu ne vas quand même pas occire ton beau-père !
– Toi, la Voix, j’occis qui je veux et c’est pas le moment !
Pourtant je me range à son avis, je décide de ne pas bouger et d’attendre. Je m’installe confortablement, je pose mon pistolet à même le sol, à côté de moi de façon à pouvoir le saisir le plus vite possible en cas de besoin, je mets mes bras autour de mes genoux et je pose ma tête dessus. Avez-vous déjà été enfermé dans une penderie ? Non, ça n’arrive pas tous les jours, je suis bien d’accord avec vous ! J’ai l’impression d’être dans un cocon familier, je reconnais les odeurs des vêtements, au toucher j’identifie même les affaires de mon gamin, ses chaussures bien rangées, quelques jouets abandonnés par terre. Avec amertume je me dis que tout ça, c’est terminé pour moi, après ce qui vient de se passer avec Lionel, j’ai dû pas mal l’amocher, à mon avis il risque d’être indisponible pendant quelques temps. Maintenant ce qu’il me faut anticiper, c’est la réaction des beaux-parents. Vont-ils mettre la police dans le coup ? Non, je ne le pense pas, il y a trop de fric en jeu et puis Beau Papa risquerait d’avoir à s’expliquer sur le compte qu’il possède dans les îles Caïman. C’est surtout ça qui m’intéresse, et j’espère que les bidouillages informatiques de Chris auront été efficaces : mon compte personnel doit maintenant être plein, je suis devenue une femme riche en quelques clics et en un temps record. La manipulation consistait à récupérer tous les accès informatiques à ce compte de façon à pouvoir le vider et mettre l’argent qu’il contenait sur un compte planqué lui aussi en Suisse mais à mon nom ! Evidemment mon complice s’est octroyé au passage un bon pourcentage, mais bon, comme on dit, « business is business » ! Maintenant il faut disparaître, se tirer d’ici en vitesse sans regarder en arrière. Première étape, sortir de l’appartement, seconde étape, récupérer Lulu, troisième étape disparaître pour de bon, mais j’avoue que là, j’ai été prise de vitesse.
Allez ma vieille, faudrait peut-être que tu bouges !
La Voix me réveille en sursaut : merde, je me suis endormie !! Je n’ai pas senti le sommeil arriver, mais c’est pourtant ce qui s’est passé.
Je tends l’oreille : aucun bruit, à part les battements de mon cœur qui pompe comme un forcené. Je me redresse laborieusement, j’ouvre la porte coulissante et fais quelques pas dans la chambre obscure pour réhabituer mes muscles à fonctionner et chasser les fourmis qui me picotent les mollets et les cuisses. Mon visage me fait horriblement mal, je ne dois pas être belle à voir ! J’avance lentement et je me plaque contre le mur à côté de l’ouverture sombre de la porte entrebâillée : rien dans le couloir, les lumières sont éteintes dans tout l’appartement. Je me faufile en direction de la cuisine mais celle-ci est vide et ne présente plus aucune trace de ce qui s’est passé, la chaise sur laquelle j’étais ligotée a été remise à sa place, le ménage semble avoir été fait très soigneusement. Bon, au moins tout danger immédiat est écarté. Je file dans ma chambre pour me changer, j’ôte mon chemisier en morceaux et j’enfile un T-shirt que je prends habituellement pour aller à la salle de sport, j’entasse quelques fringues de plus dans mon sac, le tout sans allumer la moindre lampe, puis je glisse mon arme dans la poche de mon blouson en cuir acheté la semaine dernière en prévision de cette future vie à laquelle je n’ai vraiment pas cru jusqu’à maintenant. Un dernier coup d’œil dans cet appartement où j’ai quand même vécu des moments heureux et je sors en refermant la porte à double tour, ce qui les embêtera si le beau-père n’a pas vérifié que Lionel avait son trousseau dans ses affaires.
Le froid me saisit, j’ai dû passer un bon moment dans la penderie car il n’est pas loin de 20h00, si mes souvenirs sont bons, je suis rentrée aux alentours de 17h00, 17h15. Évitant de faire du bruit, je prends les escaliers sans allumer la lumière et j’emprunte la porte de l’arrière cour de l’immeuble afin de sortir dans la rue adjacente de façon à éviter l’entrée principale. Je reste immobile sous le porche mais rien ne semble suspect, pas de mec à l’affût dans une voiture arrêtée, pas de passant louche…
Tu lis trop de roman policier, il n’a pas encore eu le temps de s’occuper de toi, il a son fils à retaper vu l’état dans lequel tu l’as mis !
– Pour une fois, tu n’as peut-être pas tort, la Voix !
Je baisse la tête et d’un pas décidé je m’éloigne en rasant les murs.
Sur le quai de la station de métro Europe, je téléphone à la nourrice de Lulu, mais celle-ci m’explique d’une voix mal assurée que la grand-mère est passée le récupérer après un coup de fil de mon mari…
– Merde et merde, je me suis faite avoir en beauté, putain…..
Une nana se retourne vers moi mais là franchement, je m’en tape, j’ai la rage au ventre, une boule d’angoisse m’obstrue la gorge, Lionel n’a pas tout perdu, il a Lulu…. J’ai les jambes coupées, je laisse passer une rame, puis une autre, j’ai besoin de m’asseoir et de remettre de l’ordre dans mes idées. Je suis paumée.

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Triste mardi…

Elle s’appelait Camille. Le 10 mars 1913, elle était jetée dans un asile à la demande de son frère Paul et de sa mère. Victime d’un complot familial, Camille Claudel passera les 30 dernières années de sa vie enfermée. Je voulais consacrer ce post à cette vie gâchée et sacrifiée, mais l’actualité m’a rattrapée.

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Elle s’appelait Camille. Elle était jeune, elle représentait la France qui gagne, la France qui a le moral et qui respire la joie de vivre.
On est en droit de se poser la question « Pourquoi ?« . Les discussions vont bon train ce matin, ça commente, ça analyse, ça y va de son communiqué de presse, de sa dépêche, les prompteurs s’affolent, les tweets affluent, les blogs chauffent, les émissions de TV Réalité sont remises en cause même si on sait qu’elles font maintenant partie intégrante de notre culture télévisuelle. Certains vont chercher dans la prière le réconfort face à cette absurdité qui nous a réveillés. Moi la prière, je n’y crois pas mais je respecte. L’une de mes amies me disait très justement :  » Solange, si tu t’adresses à Dieu, tu es croyante, si tu l’entends te répondre, tu es schizo… » C’est pas faux. Quand on voit aujourd’hui les ravages provoqués par ces putains de religions, il y a de quoi frémir. On pourrait se dire qu’avec le recul, avec l’Histoire de notre pays, on pourrait éviter de nouvelles inquisitions, de nouvelles perquisitions, mais il faut croire que non, l’Homme est stupide au point de ne pas tirer profit de ce qu’il a vécu.
Devant tous ces drames qui entachent le début de cette année, devant la montée des extrêmes, l’inefficacité criante de ces pantins qui nous dirigent, j’ai peur. Oui, je l’avoue, j’ai peur de l’avenir. Quel monde vais-je laisser à mes enfants ? Franchement, le bilan est plutôt négatif, non ?
Mais je m’égare, allez, il me reste les mots, peut-être que la solution est de se remettre à écrire, oui, après tout pourquoi pas, écrire me donne l’impression de pouvoir adapter le monde à mon échelle. Et surtout ils me permettent d’oublier.

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Aesculapius

basA l’heure où les selfies prennent le pas sur les bonnes vieilles photos de famille et risquent même d’envoyer promener les appareils numériques, à l’heure où les réseaux sociaux prennent le pas sur les repas de quartiers et autres rencontres conviviales entre personnes en chair et en os, nous restent-ils des petits plaisirs simples indépendants de toute technologie ? Oui. Un livre. Un bon vieux bouquin avec son odeur d’imprimerie, ses pages qui se tournent tout près de votre joli petit nez pour mieux en respirer le parfum, son épaisseur rassurante et enfin ses mots qui vous transportent dans un monde particulier que vous pouvez modeler à votre envie. Bien sûr, les liseuses et compagnie sont de plus en plus fréquentes dans le métro et les trains, mais à la base nous trouvons le bon vieux livre de poche.
Tout ça, je me le suis dit en prenant justement au hasard dans ma table de nuit un livre de poche au nom bizarre, Aesculapius, d’une certaine Andrea H. Japp. La journée avait été dure, comme toutes les autres en ce moment : rechercher un emploi n’est pas une chose facile, surtout passé un certain âge. Les beaux discours qu’on entend ou qu’on lit dans les médias sont souvent proférés par des politiques qui n’ont jamais eu à se lever de bon matin, se préparer physiquement et psychologiquement à aller passer un entretien où il faut réussir à te vendre littéralement si tu veux le job. J’ai remarqué que les capacités d’écoute sont étrangement liées à ta tenue vestimentaire : une jupe va te permettre de faire durer l’entretien et parfois dériver sur des terrains très glissants. Si en plus tu as des bas et que tu croises les jambes assez haut, alors là, c’est presque le paradis. J’ai compris ça lorsqu’on m’a proposé une place d’assistante auprès d’un « artiste », payée 500 Euros par mois pour deux jours par semaine et de la main à la main : je n’avais pas dû croiser les jambes assez haut. Les sceptiques vont certainement en sourire mais je vous l’affirme, ça marche comme ça, c’est humain, c’est surtout masculin. Bref, une journée de merde. Dans la voiture, les interventions des auditeurs de RMC sur le voyage de notre benêt de président aux Philippines avec ses deux belles catins m’ont exaspérée : franchement je trouve que la situation sociétale est alarmante, les ghettos sont partout présents, les religions s’entrechoquent sans aucun terrain d’entente, et les décideurs décident de tout sauf de ça justement.. Alors ce bouquin qui raconte la vie difficile d’un médecin pendant l’Inquisition ne pouvait pas mieux tomber : dès les premières pages, j’ai compris qu’il allait m’entraîner au cœur de la nuit et j’en frémis encore. Si vous avez envie de passer un bon moment, surtout n’hésitez pas, vous ne risquez pas grand chose à part une nuit en partie blanche !

aJapp